15 mai 2008
L'ESPRIT SOUFFLE OU IL VEUT...
QUAND ON COURT APRES L'ESPRIT, ON ATTRAPE LA SOTTISE
(Montesquieu)
14 mai 2008
FUNAMBULE
Danse dans la nuit
Funambule des hauts gradins
Poussière d’étoile
J’entends la rumeur
Des regards levés vers toi
Balancier du ciel
Oui ou non qui sait ?
La foule attend, marche, va 
Sous le projecteur
Enserré d’or bleu
Glisse ton pas vers la gloire
Et descends vers nous
LORRAINE
illustration: http://damiatimoner.com
11 mai 2008
FOLIE DOUCE
Je vends des roses et des cerises
J’ai des chansons dans mon chapeau
Un chat blanc qui fait le gros dos
Et des instants de gourmandise
J’ai des parfums venus d’ailleurs
Des lampions pour les soirs d’hiver
Des rubans bleus, des rubans verts
Et des jabots de Monseigneur
J’ai dans la tête un chant d’été
Aux mains des gants de filoselle
Un jupon court de demoiselle
Et sur mes lèvres la gaîté
Je vais nu-pieds dans le cortège
Qui nous entraîne tous ensemble
Vers le destin qui nous rassemble
Pour un dernier tour de manège
Et si j’agite un tambourin
Comme la folie qui chantonne
Surtout ne le dites à personne
C’est que je vais mourir demain
LORRAINE
09 mai 2008
HISTOIRE D'EAU
Furtive course d’eau
Pont de bois chancelant
Ruisseau
Silence en mouvement
Murmure de l’été
Fontaine
Grottes éclaboussées
Vrombissement mouillé
Cascade
Cristal dans le soleil
Retombée d’arc-en-ciel
Jet d’eau
LORRAINE
08 mai 2008
AU BAS DE L'AFFICHE...
Il a plu toute la journée. La route ruisselle. Dans sa camionnette, Jim a mis de la musique, elle lui rappelle sa jeunesse, quand il s’élançait du trapèze au triple roulement du tambour, tournait trois fois sur lui-même et se hissait juste à temps à côté de Lolita, arrivée en sens inverse par une acrobatie jumelle.
Il est 3 H. Ce soir, la représentation a lieu sur la côte belge, à Wenduine ; les autres auront dressé la tente près des dunes, sur l’esplanade. Il a le temps. De répéter ? Inutile. Il sait tout : parler du nez en se dandinant le long des gradins, interpeller un gamin dans la foule :
- Eh toi, manneke, tu viens une fois près de moi...
et lui montrer une orange, deux oranges qu’intrigué le gamin cherchera en vain la minutes d’après. Disparues ! Il a le chic, Jim, pour leurrer les spectateurs. Le chic ! Son sourire amer fléchit. Ses muscles d’athlète, son extrème souplesse, sa rapidité infaillible, il a tout perdu avec l’âge.
Maintenant il est clown pour ne pas être clochard. Tout son art, il le met dans ses épais cils bleus, son nez et son chapeau rouges. Il manipule à merveille les couleurs et les pinceaux, sa main subtile travaille l’incarnat et le rouge franc, le bleu-de-nuit et le bleu-ciel.
Tantôt, il lira son nom au bas de l’affiche :
« Les frères Delerme se joueront de la mort avec la complicité du clown Jim »
La complicité ! Sous leurs exploits, à même le sol, tandis que là-haut les corps en maillots blancs se lancent, virevoltent, se rattrapent de justesse, culbutent, s’accrochent par les poignets ou les chevilles, lui, peinturluré, feindra la peur absurde, roulera par terre son pauvre corps terrorisé puis se relèvera en final pour applaudir les héros.
Il ne pleut presque plus. Jim grille une cibiche. Il ne doit plus surveiller son souffle. Tiens, un arc-en-ciel ! Les dunes s’auréolent d’or un bref instant. L’orange souligne le bleu, le sable est vert.
- Signe de chance, murmure machinalement Jim.
L’horizon s’éteint. Lolita, qu’est-elle devenue ? Il paraît qu’elle amène les chevaux arabes en courant près d’eux, habillée en gitane.
Jim revoit ses yeux verts, sa taille de princesse, leur amour bref et vite séparé. Elle a suivi un cirque international. Lui s’est contenté de moins. Mais le temps a passé, elle a vieilli, elle aussi. On lui a dit qu’elle reviendrait bien au cirque Delerme.
Et si elle était là, ce soir ?...
LORRAINE
07 mai 2008
LE HASARD N'EXISTE PAS...
"Nous avons choisi "au hasard" une grande photo d'où nous devions partir pour écrire le thème. J'ai tiré une vaste armoire ancienne aux tiroirs ouverts bourrés d'objets hétéroclites et surmontée d'un fouillis de vêtements, livres, boîtes, papiers, etc. Voici ma version".
LE HASARD N’EXISTE PAS
On m’avait dit : « Ces tiroirs sont pour toi. Tu y trouveras ton bonheur : des éventails, des dentelles fleurant le lilas, des masques portés autrefois par des marquises amoureuses du roi, un manuscrit antique ramené de la mer Caspienne, des opales dans un recoin, cherche bien et des gourmandises venues d’ailleurs, de très loin, du bout des siècles.
Ouvre les tiroirs, saisis à pleines mains les pochettes brodées,le parfum de santal sur ce foulard Egyptien. Laisse-toi aller, sois curieuse, sois avide, laisse tomber ta sage maturité. Dans ces tiroirs, un monde t’appartient. Ouvre donc… »
J’en ouvre un au hasard. Mais il n’y a pas de hasard…Il est vide. Vide comme mon cerveau. Vide comme la nuit. Vide comme si quelqu’un avait pris un malin plaisir à me piéger. Le vide ! Une sensation de dérision amère, de moquerie inique, l’impression soudain de n’être rien, bafouée par les promesses perfides, paralysée. L’abondance qui écrase l’armoire, ces abat-jours, ces boîtes à chapeaux,
ce mannequin d’une autre époque semblent ricaner devant mon désarroi. Ils ont l’air de murmurer :
« Ouvre un autre tiroir. Tente ta chance »…
Mais non. Si j’ouvre le tiroir de gauche, il aura le même abîme de solitude que le tiroir de droite. J’ai peur de toutes ces étiquettes annonçant des contenus mordorés : « Nougats de Bretagne », « Nuits d’ivresse », « Beauté du diable », « Jeunesse éternelle »…
Rien. Il n’y a rien pour moi. D’autres sont passées. Des mains heureuses ont tout emporté.
Il me reste la résignation. Ou le désespoir.
LORRAINE
Illustration: Boites à chapeaux stetson - chapellerie-traclet.com
05 mai 2008
FEMME DU TEMPS QUI PASSE
Il est passé le temps de l’altière jeunesse
Elle avance déjà d’un pas plus mesuré
Tout au long du trottoir et cache sa détresse
De n’avoir plus vingt ans quand fredonne l’été
Son visage a gardé la douceur des beaux jours
Sa taille se maintient, ses mains ont de la grâce
Mais nul ne sait combien l’allure de toujours
Exige de l’allant aux heures où elle est lasse
S’abandonner au temps comme dans une barque
N’être plus qu’un brin d’herbe emporté par le vent
Vieillir tout doucement sans faire une remarque
Sur le regard distrait lancé par le passant
Comme elle le voudrait certains soirs de tristesse
Quand elle s’énumère le nom de ses amants
Dont pas un n’est venu étancher sa faiblesse
Quand l’âge de raison vint inopinément
C’est une dame seule, élégante et fanée
Qui passe chaque jour lointaine et désuète
Elle ébauche un sourire à demi dessiné
Puis elle disparaît, ombre fluide et muette
LORRAINE
03 mai 2008
LA MODE ARRIVE...FEU!
(La consigne: écrire d'après une photo de mode affublée des mots "Jeunes cadres dynamite" et représentant un mannequin anorexique se bouchant les oreilles... La suite, je l'ai "interprétée" à ma façon. Dans un mouvement de répulsion...plutôt lyrique!)
X
LA MODE ARRIVE...FEU !
Il faut innover, innover encore, aller plus loin, plus loufoque, pkus absurde, plus décoiffant. Plus atroce.
Atroce ? Vous vous étonnez. Cette sorte de robe en maille de verre imite pourtant l’homme bardé d’explosifs, non ? Ces doigts que le mannequin rasé fourre dans les oreilles, cette bouche affolée miment l’infernal éclatement, la mort déchiquetée, je ne me trompe pas ?
La faute au photographe? Peut-être. Mais aussi au créateur. Celui qui a inventé ce modèle, l’ a porté en lui, l’a mûri. Celui qui se réjouit déjà du succès de son audace. Il a perdu de vue ce qu’il est en train d’incarner : l’horreur vivante. Dans l’extase de la création, il a égaré ses repères, tendu vers un seul but inévitable et foudroyant : le succès, qui sur le podium, récompensera sa traduction du monde.
Car, n’en doutons pas, la robe « Bombe » explosera sous les applaudissements. La mode « Bombe » se rencontrera dans les salons, les galas, les lofts, les expos, les rallyes, les soirées branchées, les escaliers, les escales et les départs. On la portera noire pour tous les temps, verte pour faire glauque, rouge si l’humeur est à la fiesta et blanche pour les jeunes filles.
Les coiffeurs vont s’emparer du rasoir. Qui n’a pas sa petite coupe militaire ? Et les perruques vont refleurir quand, lassées d’être soldates, les femmes voudront récupérer un air plus humain.
Vous souhaitez parfaire la tenue ? De longs coliiers de perle dégoulineront sur l’armure que, par coquetterie, vous porterez à claire-voie, laissant passer un bout de sein. J’allais dire : un bout de chair, c’est kif-kif.
La mode arrive : vous êtes prêts ? Feu!...
LORRAINE
02 mai 2008
LA SAISON DE L'OUBLI
"Kaléidoplume"est un Atelier d'Ecriture en ligne dont je suis quelquefois les consignes. Les instructions étaient celles-ci: Un lieu: Le chemin de halage
Un personnage: Une silhouette
Une action: Elle court
A nous donc d'inventer l'histoire. Voici la mienne.
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C’est l’été. Les peupliers du chemin de halage éclaboussent le canal de leur vertige vert. Sur l’autre berge, assis dans l’herbe sous mon chapeau de paille, je suis le vieil homme quotidien , qui s’en vient tuer le temps. Ici, il fait calme. Quelquefois du haut d'un chaland , lourd, tranquille, on me fait « Bonjour », un signe de main, un sourire vague, le chaland passe, il est passé..
En face, un vélo pédale poussé par le vent. Les cheveux du garçon s’emmêlent, d’ici je vois qu’il est blond, costaud, sans doute ce que les filles appellent aujourd’hui « un beau mec ». La rectitude du canal me fait mal aux yeux, comme le soleil frisant qui étincelle. Et soudain je la vois : une silhouette fine surgie je ne sais d’où, elle court, elle se presse, elle fait des gestes et elle crie, je crois. Oui, elle crie. Personne ne répond.
Le chemin de halage la happe, semble la tirer
comme on tire un fardeau, le garçon s’est retourné, elle écarte très haut ses bras frêles, , agite comme des oiseaux ses petites mains vides.
Il pédale. Et, j’en jurerais, elle pleure. Il fuit, il s’enfuit, c’est évident, je le vois à son allure qui s’accélère et à la pauvrette qui brusquement, s’arrête, désemparée, désespérée, peut-être ?
Je voudrais lui dire que le chagrin ira en s’étiolant, que les larmes perdues ne le feront pas revenir. J’ai fui ainsi, autrefois, sans un mot. J’ai laissé une femme belle et sensible, assez fière pour ne pas m’assaillir ensuite de vains appels. J’étais jeune, j’avais peur de son ascendant, de sa gaîté, de sa force. Plus tard, six ans après, je suis revenu. Elle était plus épanouie encore, elle m’a regardée avec une indifférence qui m’a pétrifié. Moi, je portais son souvenir. Elle, m’avait banni à jamais.
De l’autre côté du canal, la jeune fille a fait demi-tour. Pour elle commence la saison de l’oubli.
LORRAINE
01 mai 2008
FIL D'ARIANE
FIL D’ARIANE
Où donc, enfance orpheline
As-tu suspendu
Les larmes du soir ?
A quel fil d’Ariane
Scintilla l’éclair
De tes jeux enfuis ?
Quelle herbe te vis
Couchée en silence
Près du puits muet ?
Quel silence ailé
Ecouta le soir
Ta prière nue ?
L’escalier tournant
Le rai de soleil
Là-haut sont montés
Dans le cher grenier
Des bonheurs anciens
Où tu t’agenouilles
Sans savoir très bien
D’où vient le chagrin
Que ton cœur embrouille
LORRAINE